Bonnes pratiques

Pop corn, bonbons … et si on changeait de scénario?

On nous objectera d’abord qu’un pop-corn bien gras et bien sucré ou une confiserie composée d’éléments ultra-transformés n’a jamais fait de mal à personne, et c’est vrai, c’est l’accumulation qui est nocive. Or, cet achat au cinéma, produit pourtant un effet plus subtil et moins visible : la confirmation dans notre cerveau d’une association diabolique sur laquelle sont construites toutes les addictions. La récompense du cerveau reptilien du consommateur avec ces aliments, associée à plaisir et culture, soit la définition même du cinéma, ajoute et confirme que c’est bon et qu’on ne saurait s’en priver, voire d’en priver les enfants, au risque de gâcher la séance.

On nous objectera également que le lien entre ce type d’aliments et des maladies graves, n’est jamais prouvé que dans les réseaux sociaux et que les scientifiques ne sont pas tous d’accord. De fait, si vous voulez pouvoir décoder parmi les tonnes de fake news déversées quotidiennement dans la presse et sur les réseaux de toute nature ce qui relève de l’état de la science plutôt que de la scientologie, oubliez un instant vos petits écrans bloqués à trois minutes de lecture et revenez à de la méthode et à de la discipline scientifique.
Convenons-en, c’est un peu ardu comme lecture, mais on vous conseille par exemple de plonger dans les travaux conduits par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-EREN, rattachée notamment à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale – Inserm – et à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement – Inrae) qui s’appuient sur plus de 105 000 adultes participant depuis 2009 à la cohorte NutriNet-Santé et qui renseignent à intervalles réguliers l’ensemble de leur consommation sur des périodes de vingt-quatre heures. 

Grâce aux données de cette cohorte, l’équipe dirigée par Mathilde Touvier a documenté dès 2003 les risques associés aux édulcorants, aux émulsifiants et aux nitrites et nitrates, et à certains effets cocktails. En 2025, une nouvelle étude s’est intéressée à deux grandes familles d’additifs : les conservateurs (généralement notés de E200 à E299) et les antioxydants (de E300 à E399). Sans surprise, ces additifs sont omniprésents, 99,7 % des participants à la cohorte en ont consommé. 

Et d’autres études, notamment aux États-Unis, viennent depuis deux ans confirmer scientifiquement ce qui n’était jusqu’alors que des hypothèses : il existe bien un lien entre ingestion de ces additifs et un risque accru de cancer et de diabète de type 2.

Mais ce n’est pas la seule problématique de santé que présentent ces confiseries. Une très grande majorité d’entre-elles rentre par ailleurs dans la catégorie des aliments ultra-transformés soit, selon une classification scientifique validée dans le monde entier : des produits ayant subi d’importants procédés de transformation (chimique, physique, biologique), qui sont généralement formulés à partir d’ingrédients industriels tels que des huiles hydrogénées, des isolats de protéines ou du sirop de glucose/fructose, et des additifs alimentaires « cosmétiques » (colorants, édulcorants artificiels, émulsifiants…). Là encore, peu de certitudes scientifiques jusqu’à que deux chercheuses de l’Inserm et un chercheur d’INRAE participent en novembre 2025 avec 40 de leurs confrères et consœurs du monde entier, à la publication d’une série de trois articles dans l’incontestable revue scientifique britannique, The Lancet. On y découvre qu’une revue systématique de la littérature scientifique, portant sur 104 études à long terme, a révélé que 92 d’entre elles faisaient état d’une incidence plus élevée d’une ou plusieurs maladies chroniques associée à la consommation d’aliments ultra-transformés, les méta-analyses montrant des associations significatives pour 12 problèmes de santé, notamment l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, la dépression et la mortalité prématurée toutes causes confondues.

Mathilde Touvier et son équipe comme ces personnalités internationales, proposent la mise en place de mesures de politiques publiques coordonnées pour limiter le recours aux aliments ultra-transformés en montrant la nécessite impérieuse de réduire leur production, leur commercialisation et leur consommation, en parallèle des mesures visant à limiter les apports en sucre, sel et graisses saturées.

On nous objectera alors que les salles de cinéma n’ont pas à répondre à des « politiques publiques coordonnées » en matière de santé. Et si, au contraire, ces lieux de culture se devaient d’être précisément ceux où on montre l’exemple et où on promeut l’idée que chaque moment de consommation, particulièrement ceux liés au plaisir et à la convivialité, peuvent apporter leur pierre à l’édifice d’une meilleure santé pour tous ?

Image de couverture : projet sur les glaces fluorescentes de Bompas & Parr